06 février 2010

Amour de ma vie,

"Je préfère être sur la liste des ex sur qui on raconte n'importe quoi que sur celle des amants qu'on méprise."

M'avait-il envoyé, à l'époque, par SMS.

Je suis au regret de lui annoncer qu'en s'extirpant de la seconde catégorie il n'a pas rallié la première. Et je me demande ce que moi, je préfère : être sur la liste des amants qu'on est soulagé d'avoir quittés, même à regret, tant ils nous marquent au fer rouge que ça nous crame les pouces, ou sur celle des ex avec lesquels on s'acharne à conserver un semblant de fraîcheur. Je devrais le savoir assez vite.

08 janvier 2010

Amour de ma vie,

Il est venu. Une douche sans électricité, à la lumière d'une bougie en gélatine. Il est venu. Il m'attendait devant ma porte avec sa valise. Des mois de gringue, au vu et au su de nos amis, les siens et les miens, publiquement, sur le ton de plaisanterie, sans qu'aucun d'entre eux ne s'imaginent qu'une réelle rencontre fût possible, repassent en sourdine, dans ma tête, tandis que la bouteille de champagne descend. Une coupe après l'autre, en grignotant des Toblerone. Ni lui ni moi, d'ailleurs, pouvait-on y croire vraiment, c'était une fantaisie, nos fantasmes réunis, mais il est venu. Des mois de gringue, de mails par-ci, de commentaires, de clins d'oeil, de smileys par-là, le chronomètre favorable d'une rupture et il est venu, il prend sa douche avec moi et boit du champagne et sa bouche a un goût de chocolat. Il est venu pour une nuit. Clandestinement. Des mois de gringue et enfin quelque chose arrive. Une histoire différente. Celle-ci m'emplit. Je rends la faveur. Sur l'oreiller, après la douche, encore une douche après. Une nuit clandestine avec lui. Des rires. Plus de champagne, de la vodka ? Et des Toblerone. Une histoire différente : qui m'implique. Je fume au lit. Il est venu, il a vu. J'ai vaincu.

04 janvier 2010

Amour de ma vie,

J'ai rêvé de SMS de F., de C., de C. - mais je n'en ai reçu aucun dans mon portable. J'ai rêvé d'une lettre glissée sous la porte - mais il n'y avait rien sur le parquet à mon réveil. Trahi par mes rêves sur lesquels giclent mes nuits, dans l'abstinence de tout effort.

02 janvier 2010

Amour de ma vie,

A. n'est plus célibataire.

« Cela devait arriver un jour où l’autre. De ton côté ou du mien. » Précisant que cela ne fait que deux semaines, que c’est encore frais, qu’il faut encore prendre des pincettes. Il me l’annonce sur MSN où je ne m’étais pas connecté depuis des mois, il pose son parpaing en me souhaitant la bonne année.

« Nous n’avons jamais voulu nous mettre ensemble. » Notre relation s’adapte. Elle va devoir s’adapter.

C. est officiellement en couple.

Il a changé son statut sur Facebook. Lui qui s’en sert si peu. Lui qui ne croit pas à l’utilité de ce site ni même, croyais-je, à l’utilité de graver le couple dans l’écorce, voire même du couple, entité monolithique.

On en apprend tous les jours : parfois on apprend tout le même jour.

« Tu devrais enterrer Baron le plus vite possible. Conseil d’« ami ». Faut grandir. Bisous. » Concubine m’interdit de répondre. J’ai rajouté les points, l’absence de ponctuation dans le SMS est une indication de son taux d’alcoolémie. Lui qui est à cheval sur l’orthographe. Lui qui chevauche dorénavant un cavalier seul.

Je n’ai pas répondu. Ses excuses ne tardent pas en général.

Baron agonise mais Baron ne meurt pas. Il ne peut pas être enterré. Il ne peut pas être tué. Ou moi avec. Baron c’est moi, en moi, une partie de moi inaliénable, insubmersible, l’avatar immarcescible. Techniquement ce serait balèze de s’enterrer soi-même vivant. Et je n’ai pas la pompe funèbre.

Méfie-toi : un épitaphe est plus vite rédigé qu’un dithyrambe.

19 décembre 2009

Amour de ma vie,

"Et aussi que dans mille ans il y aura mille ans que ce jour-ci aura existé, jour pour jour. Que cette ignorance de la terre entière de ce qu'ils auraient dit aujourd'hui sera datée. Sans mots, sans encre pour l'écrire, sans livre pour le lire, datée. Ils en sont enchantés de même."

Marguerite Duras, Les yeux bleus cheveux noirs

18 décembre 2009

Amour de ma vie,

Hier il y avait du monde et beaucoup de champagne au Vaisseau. L'appartement était rempli de désir ; et moi, comme d'habitude, de convoitise. Des lèvres déjà embrassées. Des lèvres vierges de ma morve. Celui qui est arrivé sur le tard et qui est resté un moment quand les derniers convives se sont rués dans les taxis, cela faisait des lustres que nous n'avions pu discuter en tête-à-tête, je ne me suis pas assis sur la chaise de l'autre côté du comptoir comme de coutume, j'étais debout à côté de lui, nous rattrapions les évènements des semaines passées et la soirée qui venait de se dérouler et je me suis surpris à sentir un picotement, un courant d'adrénaline me parcourant le ventre, je hochais la tête en l'écoutant, obnubilé par ses lèvres, ses lèvres déjà embrassées, je me suis surpris à vouloir énormément les embrasser, réduire à néant la distance qui les éloignaient des miennes. Plus tôt, accroupis sur le parquet du studio, deux d'entre-eux se sont mangés la bouche. Deux paires de lèvres déjà embrassées, l'une encore convoitée. L'annihilation de l'espace entre leurs bouches était prévisible, prévu même, ce flottement m'agaçait profondément autant que m'a ravagé la concrétisation de leurs soupçons. Les sept bouteilles de champagne étaient rincées, j'ai abjuré ma promesse, j'ai terminé au whiskey. Ma promesse de fuir les alcools forts, reniée, pour un carnaval de lèvres charnues, luisantes, ardentes, tendues, froides, pincées, majoritairement déjà embrassées. Liquide pour étancher ma soif des salives qui s'échangent, farandole, narguant, mes carences, pitoyablement, sous mon nez. Rien non plus pour le nez.

15 décembre 2009

Amour de ma vie,

"Quel que soit le nombre de siècles qui recouvrira l'oubli de leurs existences, cette ignorance aura existé comme elle est là, en ce moment même, à cette date-là, dans cette lumière froide. Ils le découvrent, ils en sont enchantés."

Marguerite Duras, Les yeux bleus cheveux noirs