13 février 2010

Amour de ma vie,

Et dans le Vaisseau l'aventure prend des proportions attendues.

Non pas que l'alchimie eût pu être tenue pour évidente, non pas que j'eus tablé sur des récompenses ou chiffré des objectifs, car la centralité ne fait pas tout et elle a un prix, mais ces attentes n'étaient pas infondées. Elles relèvent, dans mon parcours, d'une logique empirique.

Dans le loyer on paye aussi le quartier, il y a la part des opportunités. La démence, l'émulation, l'excitation des hasards que le quartier peut provoquer. Il y a la part des étincelles et le bruit des bouteilles de champagne qu'on débouche à l'improviste. Hasards pliés, dépliés, démultipliés. Le téléphone vibre. La liste s'allonge. Des apéritifs enfiévrés et des apéritifs améliorés. Les amis et les visites éclair. Entre les agapes qui précèdent les boîtes de nuit - les before - et les dîners en tête-à-tête transcendant mes piètres performances en cuisine, prospère une garçonnière où les galants se suivent et ne se ressemblent pas ; de celui qui renversa subitement une bouteille entière de lotion pour massage sur nos corps entrelacés à celui qui m'a soulevé du lit pour inaugurer la table dans la même position, du couple de touristes philippin-chypriote en goguette au Brésilien en Erasmus morve au nez qui n'avait jamais vu la neige, une piste de bobsleigh sinue du lit au bar américain sous l'oeil amusé des poutres au plafond. L'homme-fontaine, le journaliste qui sonne à 4h du matin, le Tunisien et sa bouteille de vin rouge... Petit bolide sybarite en vase clos.

C'était ma croisade, c'est devenu ma vengeance, juste retour du racolage auquel j'étais contraint pour motiver des troupes pétrifiées par la barrière psychologique du périph' et du déplacement systématique à chaque proposition indécente. Je suis au coeur de l'aimant. La vengeance est un plat... onéreux. Je renvoie l'ascenseur : il vaut beaucoup de sacrifices.

Le bar américain a été quasiment vidé : je ne suis plus l'idiot du pillage, désormais. Je suis l'instigateur.

Je quitte le Vaisseau, un temps, un an en fait, je le quitte pour mieux le retrouver. Entre-temps, vogue la galère. Le Baron à bord. Une autre île, gigantesque, m'attend.